Pour les parents

Le bégaiement de l’enfant

Le bégaiement est défini comme un trouble de la fluence.

La fluence verbale se met en place progressivement chez l’enfant, à travers différents paramètres : le débit, le rythme, l’absence d’effort laryngé ou d’articulation. Bien souvent des répétitions accompagnent ses premiers essais. Les répétitions qui touchent une partie du mot (phonèmes ou syllabes) sont les premières à disparaître. Le débit augmente, les pauses diminuent, grâce à la coordination de plus en plus rapide et précise des articulateurs en fonction de la maturation du système nerveux central. Dès 2/3 ans, le rythme caractéristique du langage se développe. La présence inhabituelle et répétée des hésitations, répétitions et arrêts (et les parents sont les premiers à en être conscients) signale une parole qui n’est pas normalement fluente. Mais la frontière entre parole disfluente et parole bégayée est difficile à tracer.

Ce que l’on peut savoir des débuts du bégaiement – qui peuvent être progressifs ou brutaux sans influence sur le pronostic – repose sur le témoignage de l’entourage. Il arrive bien souvent que l’enfant ne bégaie pas en consultation, le propre du bégaiement étant d’être fluctuant. A partir de ce que décrivent les parents, certains critères vont permettre de repérer la présence ou non d’un bégaiement, celui-ci ayant bien sûr des caractéristiques propres à chaque enfant :

  • des répétitions compulsives (supérieures à trois et pouvant aller jusqu’à 10, 20…) du premier phonème ou syllabe d’un mot
  • des blocages sur certains phonèmes (p, b …) et les voyelles en début d’énoncés
  • des prolongations ou allongements démesurés de sons je …
  • des pauses inadaptées, en milieu de mots, accompagnées souvent d’un effort respiratoire

En dehors de l’aspect impressionnant de ces accidents de parole, ce qui alerte le plus l’entourage sont les efforts prodigués par l’enfant. Ces efforts – l’enfant pousse sur sa parole –  finissent bien souvent par entraîner des grimaces et des mouvements parasites d’autres parties du corps. L’enfant peut également commencer à cacher sa bouche lorsqu’il est en difficulté ou détourner le regard.

La conscience qu’a l’enfant de son trouble est très variable d’un enfant à l’autre – en fonction également de son âge. Il peut ne pas manifester de gêne comme se mettre en colère face à son impuissance à parler. Il arrive également qu’il verbalise ses difficultés.

Quoiqu’il en soit, il est important d’intervenir lorsque l’enfant est en difficulté, de manière à ne pas laisser s’installer toutes ces conduites réactionnelles qui vont entretenir le trouble. L’expérience clinique met en évidence en effet qu’une intervention orthophonique dès l’apparition du bégaiement est d’une grande efficacité. Il s’agira essentiellement de permettre aux parents de réagir de façon adaptée au bégaiement de leur enfant. Si l’enfant continue à bégayer dans les 12 mois suivant le démarrage du trouble, une prise en charge régulière devient nécessaire. Celle-ci implique un travail direct sur le bégaiement avec l’enfant et ses parents. Il est souhaitable qu’elle soit entreprise avant l’âge de 5 ans du fait de la grande plasticité cérébrale à cet âge.

Même si le facteur génétique est maintenant reconnu, on peut espérer que la généralisation de ces traitements entraînera une diminution notable voire la disparition de la souffrance des personnes bègues.

Mon enfant bégaie ! Que faire ?

Le bégaiement est un trouble assez fréquent (8% des enfants) qui apparaît la plupart du temps (80%) au moment de l’élaboration du langage, alors que l’enfant est en période d’acquisition particulièrement intense. Il est indépendant du langage mais peut perturber l’échange en fonction de sa sévérité. Certains enfants ont un très bon niveau de langage et d’autres peuvent avoir un retard.

8 enfants sur 10 vont récupérer spontanément, pour les deux autres le trouble risque d’être durable. Le problème est de pouvoir reconnaître l’enfant à risque car pour cet enfant-là, un traitement hebdomadaire sera nécessaire. Les éléments à prendre en compte sont les facteurs génétiques et la durée du temps bégayée avant la consultation. En effet si l’enfant bégaie depuis six mois à un an et que le bégaiement ne régresse pas, il faudra entreprendre un traitement régulier.

Quand consulter et qui ?

Lorsqu’un enfant commence à bégayer, consulter un orthophoniste formé au traitement du bégaiement permet de pouvoir réagir de façon adaptée aux bégayages de l’enfant. Il est important de le soutenir dans cette période difficile. Si vous vous inquiétez ou sentez votre enfant en souffrance, consultez sans tarder. La plasticité cérébrale est plus importante avant six ans et il est conseillé, si un traitement doit être entrepris, qu’il le soit avant cinq ans afin d’offrir à l’enfant la meilleure récupération possible.
Le bégaiement est fluctuant, la fatigue et l’excitation sont les deux facteurs qui jouent le plus sur la fluence à cet âge. On constate que l’enfant récupère quand les périodes bégayées sont moins longues et le bégaiement moins tendu. L’utilisation d’une courbe permet d’objectiver les progrès. Actuellement, nous pouvons nous appuyer sur les recherches cliniques faites dans les pays anglo-saxons qui constituent « l’Evidence Based Medecine ». Pendant longtemps en France, les enfants qui bégayaient n’étaient pas pris en charge. En 1990, l’APB a mené des campagnes d’information afin de promouvoir cette prise en charge, conduite essentiellement sous forme d’accompagnement parental.

Que faire pour aider votre enfant ? Quelques conseils :

  • Vous mettre à sa hauteur, en lui donnant le mot s’il bloque ou en l’amorçant avec lui pour l’aider.
  • Garder le contact visuel lors des blocages de l’enfant en le touchant gentiment pour le calmer.
  • Prendre un moment privilégié avec votre enfant seul à seul le soir et lui parler plus tranquillement en faisant des pauses.
  • Reformuler ce qu’il dit afin de l’aider à prendre en compte l’interlocuteur et à ralentir.
  • Poser une seule question à la fois et faire des commentaires.
  • Cadrer l’échange, c’est-à-dire veiller à ce qu’il vous parle lorsque vous pouvez l’écouter. De votre côté, soyez vigilant à l’écouter vraiment et n’hésitez pas à lui dire si vous ne pouvez pas.
  • Etre attentif aux tours de parole.
  • Utiliser des renforcements positifs spécifiques et descriptifs pour lui donner confiance en lui. Par exemple dire « j’ai aimé ta façon de ranger tes jouets, cela m’aide vraiment » à la place de « c’est bien de ranger ».

Il est important de discuter de la mise en place de ces attitudes avec l’orthophoniste afin de les ajuster en fonction des réactions de l’enfant. Si l’aide adaptée de l’entourage ne suffit pas et que le bégaiement persiste, un traitement plus suivi de l’enfant sera envisagé.

Que peuvent faire les orthophonistes ?

Selon l’âge de l’enfant, les facteurs de risque et la persistance du trouble, différentes formes de traitement peuvent être proposées, directes ou indirectes. Le plus souvent, il est d’abord proposé une prise en charge indirecte, qui aborde le bégaiement de façon large en prenant en compte les interactions de l’enfant avec son entourage et les facteurs pouvant intervenir dans le bégaiement. Le travail se fait avec les parents autour du bégaiement de l’enfant.

Au centre Michaël Palin à Londres, une approche indirecte, le Parent Child Intervention (PCI), a été développée visant à agir sur les facteurs qui amplifient le bégaiement chez l’enfant. Grâce à des vidéos, elle permet de souligner aux parents ce qui aide la fluence de l’enfant. Une autre approche dite « des demandes et des capacités » est une approche mixte basée à la fois sur des conseils parentaux et des jeux avec l’enfant sur la fluence, ce qui est bien souvent le cas des prises en charge avec le jeune enfant.

Lors des approches directes, l’action est centrée sur le bégaiement lui-même. Le programme Lidcombe est une approche directe qui agit sur le bégaiement. L’orthophoniste apprend aux parents à donner le traitement. Cette approche est basée sur une évaluation journalière du bégaiement et des renforcements positifs.

 

En savoir plus

L'enfant et le bégaiement, document à destination des parents

Ce document a pour projet de rassurer les parents et l’entourage de l’enfant qui
bégaie en leur donnant des informations et des pistes de réflexions.

Disponible aussi en langue turque, russe et arabe

begaiement-milanLe bégaiement, Collection les Essentiels Milan

Elisabeth Vincent

Cet ouvrage paru dans la collection Essentiels Milan, Le Bégaiement, propose de faire le point sur les connaissances actuelles : comment faire avec ce handicap si lourd de conséquences pour celui qui le vit ? Quelles sont les origines de ce handicap ? Comment empêcher qu’il ne s’installe, en particulier chez le jeune enfant ? Quels sont les traitements ?
Editions Milan en coopération avec l'APB - 2013, 92 pages
Ouvrage en vente auprès de l'APB

mon-enfant-begaie-simon1Mon enfant bégaie

Anne-Marie Simon

Le bégaiement est une source de souffrance. Évitons qu’il gâche toute une vie­.
Le bégaiement atteint 1 % de la population, soit environ 650 000 personnes en France. Il touche dans l’enfance 5 % des enfants : une fille pour trois garçons. Dans 3 cas sur 4, le bégaiement aura disparu à l’adolescence. Mais... attention ! Le bégaiement ne passera pas forcément tout seul ! Si l’on n’intervient pas précocement, 1 enfant sur 4 (mais aucun moyen de savoir lequel !) verra son bégaiement devenir chronique (permanent). Or un changement des attitudes de l’entourage vis à vis du trouble de la parole de l’enfant, et vis à vis de l’enfant lui-même – par exemple, des modifications de sa vie quotidienne, ainsi que de la façon de communiquer avec lui – pourraient suffire dans la plupart des cas à faire disparaître ou à réduire son trouble. De l’enfance à l’adolescence, l’entourage familial et  éducatif peut ainsi jouer un rôle décisif dans l’évolution du bégaiement de l’enfant, et éviter qu’il devienne constitutif de son identité.
Editions Tom Pousse - 2012, 128 pages

tatapadsanTatapadsan

Texte et illustrations Arnaud Amar
Un conte tendre et plein d’humour dont le héros est un petit garçon qui bégaie, écrit et illustré par Arnaud Amar, orthophoniste membre de l’APB. Hector, à huit ans, est un fin stratège. Personne ne se doute qu'il cache un secret si profondément que parfois, il l'oublie lui-même. Et pour tous les périls, il lui reste le silence et son imagination. C'est un ami insoupçonné qui l'aidera à franchir la barrière du silence …
Editions APB - 2015, 26 pages
Ouvrage en vente auprès de l'APB

des-fois-je-begaie-degeus1Des fois, je bégaie

Eelco de Geus,
traduction de Laurent Lagarde

Ce livre a été écrit par un orthophoniste néerlandais à l’attention des enfants qui bégaient. Il explique avec des mots simples ce qui fait qu’on bégaie, pourquoi des fois on bégaie et d’autres non, pourquoi certaines personnes ne comprennent pas que l’on bégaie ou encore comment réagir aux moqueries.
Il permet d’aborder le bégaiement de manière positive avec l’entourage proche et de lever ainsi le « tabou » qui pèse souvent sur le sujet.
Editions Goodbye Bégaiement - 2010, 56 pages

se-jouer-du-begaiement-estienne1Se jouer du bégaiement

Françoise Estienne

Le bégaiement a toujours revêtu un aspect mystérieux… de l’ordre du mauvais sort, du mauvais oeil… Certaines personnes bègues sont d’ailleurs en attente d’une baguette magique… Les recherches actuelles permettent d’éclairer ce sortilège et de le conjurer ; reste que les clins d’oeil du conte constituent une approche pour se jouer du bégaiement afin de mieux le déjouer. Dans se jouer, il y a jouer, se moquer avec malice et bienveillance, jouer au plus malin. Se jouer du bégaiement, c’est le déjouer. Le déjouer suppose qu’on le comprenne. Comment mieux comprendre le bégaiement qu’en le transformant en contes ? Un conte suggère, effleure et permet d’agir à travers des personnes, des situations…
Contes à lire, relire, aimer ou critiquer, raconter, dessiner, animer, mettre en pratique … et encore et encore … Intemporels, ils s’adaptent à tous les âges. A chacun de les recevoir là où ils leur parleront au plus profond pour cheminer à leur rythme en se laissant conduire dans les dédales des contes.
Editions Ortho-Edition - 2014

Share This