La Lettre de l’Association Parole Bégaiement est la revue éditée par l’association à destination des ses adhérents. À travers cette publication, l’APB partage les évènements de la vie de l’association, les avancées de la recherche, des témoignages de spécialistes, de personnes qui bégaient et de parents, ainsi que l’actualité du bégaiement et du bredouillement.
Nous vous proposons ci-dessous un extrait de la Lettre de l’APB n°93, édité en mars 2026, que nous espérons aussi enrichissant qu’inspirant.
Nous vous souhaitons une excellente lecture !
Pour Juliette de Chassey (formatrice ACT), l’acceptation est un processus actif, non une résignation : « L’acceptation n’est pas une posture idéologique, mais un processus ». Elle est un levier thérapeutique important pour désensibiliser la réaction émotionnelle et comportementale à trois niveaux : accepter d’être une personne qui bégaie, accepter le moment même du bégaiement, et accepter les réactions de l’autre, réelles ou anticipées. L’acceptation n’est pas l’arrêt du changement, mais une condition préalable à celui-ci. L’objectif ? Libérer l’énergie autrefois dépensée dans la lutte pour s’engager dans des actions
qui comptent pour le patient.
Caroline Haffreigue (formatrice ACS) privilégie le terme d’intégration : « Je ne parlerai pas d’acceptation mais d’intégration.» Pour elle, il s’agit de reconnaîtrele bégaiement comme une caractéristique parmi d’autres, sans qu’il ne définisse la personne. « Le patient continue à avoir du pouvoir d’agir sur sa vie en intégrant son bégaiement » L’ACS mise sur une co-construction avec « le patient qui dirige la thérapie » (Steve de Shazer).
Les deux approches partagent des fondements :
- Dépathologiser le bégaiement : Le considérer comme un élément de l’expérience, non un obstacle insurmontable.
- Lâcher le contrôle : La lutte et l’évitement entretiennent la souffrance ; l’acceptation ou l’intégration ouvrent la voie
à un changement concret. - Flexibilité : Attentionnelle (où porter son focus ?), émotionnelle (tolérer l’inconfort),et comportementale (agir malgré
le bégaiement). - Une même finalité : vivre pleinement. Que ce soit par l’acceptation(ACT) ou l’intégration (ACS), l’enjeu est de réduire l’impact du bégaiement sur la qualité de vie. « Plutôt changer de regard sur le bégaiement pour en faire un ingrédient de l’expérience » (DeChassey). « On ne va pas « l’accepter », mais « l’intégrer » pour continuer à vivre » (C. Haffreingue). Deux chemins pour une même liberté : agir, malgré ET avec le bégaiement.
La TREB, thérapie de réduction des évitements
dans le bégaiement
La TREB est également beaucoup citée par les orthophonistes. Marianne nous en parle…
« Que la force me soit donnée d’accepter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être et la sagesse de faire
la différence entre les deux. »Marc Aurèle
Je comprends tellement ceux qui ne comprennent pas le terme acceptation. Il faut je vous l’avoue : quand j’ai découvert
le travail sur l’acceptation j’ai été choquée ! Les patients devaient bégayer en public, notre travail n’était-il pas de leur
apprendre à ne plus bégayer ? Toutes ces années d’études et on m’aurait dit des bêtises ? Et puis ces orthophonistes qui
bégaient ? Comment leur faire confiance pour obtenir un résultat, une fluidité si elles-mêmes ne l’avaient pas ?
Pourtant malgré tous mes efforts, toutes mes formations, dans mon cabinet certains de mes patients bégayaient encore,
toujours et parfois de plus en plus donc je voulais faire différemment, pour du long terme.
Mon propos ici ne sera pas de convaincre mais d’expliquer. On a toujours moins peur de ce que l’on comprend mieux.
Les thérapies d’acceptation ne consistent pas à dire « on ne peut rien faire pour vous, acceptez-vous comme vous êtes,
vous êtes très bien ». La tension, les évitements et la lutte ont un impact fort sur la communication (plus que le bégaiement).
Comme c’est celle que je connais le mieux je vais parler de la TREB® qui aborde l’acceptation en vue de diminuer
la lutte. Avec ce travail, les manifestations du bégaiement deviennent moins tendues, moins longues, etc.
L’objectif est d’arriver à plus de confort, d’efficacité, de spontanéité, de joie et surtout d’authenticité.
La thérapie ACT et ACS sont des piliers très importants de cette approche ainsi que certaines TCC.
Si l’on comprend le paradoxe du bégaiement on comprend mieux. Souvent quand on ne veut surtout pas bégayer, que se
passe-t-il ? On bégaie encore plus. C’est là que l’acceptation de ce qui est en train de se passer peut diminuer la lutte et s’il
fallait vulgariser à outrance je dirais que plus on ose bégayer moins on bégaie. Le chemin vers l’acceptation suit la citation
de Marc Aurèle : puis-je changer le fait d’avoir un bégaiement ? pas toujours, puis-je espérer parler plus facilement ? oui.
Et cela ne passe pas par l’immobilisme. Cela passe par se confronter à la peur, gagner en confiance, faire ce qui est important pour nous et changer son schéma du bégaiement. Selon l’âge, une partie ne peut être changée mais toute une partie n’est pas neurologique et résulte de peurs bien légitimes, ces fameux comportements de protection. L’acceptation permet d’aborder plus en profondeur les sentiments, les pensées, ce qui était peut-être moins fait avant. Comprendre et nommerce qui se passe est une étape importante. L’acceptation n’est pas l’opposé du changement.
Accepter ce qu’on ne peut pas changer permet d’avancer vers ce qui peut l’être et permet le changement en mobilisant ses forces et ses espoirs au bon endroit. Cela redevient possible de vivre « sa vie rêvée » bégaiement ou non.
Parler d’acceptation ne veut pas dire renier tout ce qui peut aider, cela signifie : si cela ne t’aide pas, on va tout faire pour que tu vives ta plus belle vie et que tu n’aies jamais honte de qui tu es. Je ne connais pas une orthophoniste qui ne se réjouirait pas que son patient ne bégaie plus : non parce que le bégaiement est un problème pour elle, mais parce que la vie est quand même plus facile avec une parole qui s’écoule sans réfléchir. L’acceptation n’est pas la résignation, elle redonne le choix. Le choix n’est jamais entre deux choses faciles, mais il est là et je peux exercer ma liberté (de me taire ou de parler avec mon bégaiement par exemple). C’est un chemin fait d’aller-retour selon le contexte, ce n’est pas une décision d’un jour ni une révélation.