Pour les adolescents

L’adolescent qui bégaie

 

La période de l’adolescence est un moment particulier de la vie. Les jeunes sont en pleine transformation aussi bien physique, psychique et affective. Ils se sentent étranges et singuliers alors qu’ils n’aspirent qu’à être comme leurs camarades. Avec les bouleversements hormonaux et existentiels, apparaît une période de stress qui est propice à la résurgence du bégaiement et certains adolescents qui avaient bégayé dans l’enfance et pensaient avoir réglé le problème, voient leur trouble de la fluence réapparaître au moment le plus inopportun. En plus de devoir gérer tous les questionnements liés à l’adolescence, les choix d’études, les premiers émois sexuels, il va falloir aussi gérer la fluence de sa parole. Dans ce contexte, l’adolescent qui bégaie va avoir du mal s’affirmer par la parole.

Les auditeurs privilégiés des adolescents sont les parents certes, mais les plus importants à leurs yeux sont les jeunes de leur âge. Si les camarades de classe sont gênés ou moqueurs face à l’adolescent qui bégaie, celui-ci va développer des sentiments très négatifs.

Les personnes qui bégaient ressentent une perte de contrôle dans leur parole, ce qui n’est pas le cas pour les personnes non bègues. L’adolescent qui bégaie est occupé mentalement à reprendre le contrôle de sa parole et accorde moins d’attention à son interlocuteur, ce qui perturbe l’échange. Alors que le jeune voudrait communiquer, il est tourné en lui-même afin de gérer son flux de parole. La dissonance qui s’opère alors lui fait perdre le but de l’échange. L’adolescent ressent à ce moment-là une peur acquise dans l’enfance : la peur de bégayer et de ne pouvoir exprimer ce qu’il avait l’intention de dire. Cette panique peut paraître alors irraisonnée à l’entourage de l’adolescent qui essaie maladroitement de l’encourager.

Mais le jeune lui-même a bien du mal à comprendre ce qui lui arrive et certains se sentent dévalorisés. Après avoir été dans l’impossibilité de parler, ils ont alors l’impression de manquer de courage. Les conséquences peuvent être désastreuses, entraînant parfois une inhibition totale de l’adolescent. Tout le cursus d’étude de l’adolescent peut même être choisi en fonction de cette crainte de parler.

 

Les traitements

Il est rare que le bégaiement débute à l’adolescence, mais quelque soit le moment où le trouble de la fluence a commencé, une thérapie peut être entreprise. La plasticité cérébrale présente à tous les âges de la vie est encore très active à l’adolescence et permet grâce à une thérapie adaptée d’améliorer la fluence de la parole.

Malgré l’ambivalence des sentiments du jeune concernant l’aide qu’on peut lui apporter, l’enthousiasme propre à l’adolescence, la capacité créative, les transformations physiques et psychiques vont être des atouts pour que la thérapie du bégaiement soit une réussite. Il ne faut pas hésiter à aider le jeune à faire le premier pas : consulter d’abord le médecin traitant qui prescrira un « bilan orthophonique et rééducation si nécessaire » – afin que les soins soient en partie pris en charge par la sécurité sociale – puis un orthophoniste formé au bégaiement. Si le médecin n’en connaît pas, l’association parole bégaiement pourra guider au mieux.

Lors de la prise en charge orthophonique, l’adolescent apprend à mieux connaître et à contrôler son bégaiement en travaillant le ralentissement du débit de parole, les pauses entre les unités de sens et l’allongement des voyelles. Avec cet apprentissage, il est proposé aux adolescents d’évaluer leur propre vitesse de parole ainsi que leur niveau de disfluence. Ainsi chaque adolescent va travailler son auto-écoute, qui est souvent peu efficace naturellement, afin de pouvoir évaluer si sa parole est trop rapide lorsque son niveau de disfluence lui apparaît comme trop important. Le fait de travailler sur leur débit de parole en écoutant par exemple certaines de leurs productions enregistrées avec des vitesses de parole différentes permet aux adolescents d’avoir un feedback sensoriel de leur parole.

Au-delà d’obtenir une parole la plus fluente possible, la notion de qualité de vie devient essentielle dans la thérapie du bégaiement. Ainsi, une personne aura peut-être une meilleure qualité de vie en gardant un peu de disfluence, mais en ayant un débit de parole acceptable pour elle. Pour d’autres qu’on n’entend pas bégayer, il s’agit de travailler en priorité sur les évitements de parole qui les gênent énormément dans leurs interactions sociales.

La thérapie du bégaiement ne consiste pas uniquement à s’occuper de restaurer une parole fluide. Lorsqu’on a en charge un adolescent, le travail d’estime de soi d’affirmation de soi et de confiance en soi est indispensable, même si l’adolescent paraît aller très bien.

Avec des patients qui ont du mal à parler, utiliser l’art-thérapie peut être d’un grand secours. Créer permet souvent de mettre en mots. La création permet un autre médiateur que le langage ce qui est parfois nécessaire avant d’aborder les techniques de fluence, tant le jeune a du mal à se laisser aller. L’adolescent va pouvoir gagner en confiance en lui et en affirmation de soi.

La thérapie de l’adolescent qui bégaie prend en compte toutes les caractéristiques de cet âge particulier. Les thérapies proposées comprennent toutes des techniques de fluences mais aussi un travail permettant à l’adolescent d’avoir une meilleure qualité de vie. Le patient est envisagé dans sa globalité afin de l’aider à améliorer sa communication dans le sens large du terme.

Prendre en charge un adolescent qui bégaie va permettre à cette jeune personne en devenir à ne pas se construire autour d’une identité liée à son bégaiement.

 

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