Pour les employeurs

Le bégaiement dans l’environnement professionnel

 

Quand on est un employeur face à quelqu’un qui bégaie, il n’est pas toujours facile de savoir à quoi s’en tenir. Le bégaiement est encore insuffisamment connu et certaines idées fausses peuvent entrainer des conduites dommageables comme le refus d’un candidat à un poste du fait de son bégaiement. Il arrive que soit alors invoquée une incompatibilité avec le poste qui demande des compétences en communication orale déniées aux personnes bègues : animer une réunion, répondre au téléphone, être à l’accueil, etc. Or les personnes bègues, peut-être du fait de leur difficulté de parole, aiment communiquer et sont souvent performantes dans ce genre de tâche, dès lors qu’elles sont à l’aise.
Ceci n’est pas évident pour un recruteur non averti de ce qu’est le bégaiement de savoir à quoi s’en tenir face à quelqu’un qui bégaie. Ceci est d’autant plus difficile que les situations d’embauche provoquent généralement une augmentation du trouble – comme généralement toute situation où l’on est susceptible d’être jugé, en particulier sur sa capacité à s’exprimer.
A cela s’ajoute l’attitude de la personne qui bégaie qui tente généralement de cacher son trouble, ce qui ne fait qu’augmenter le malaise. Lorsque les personnes bègues parviennent à en parler, elles peuvent alors expliquer ce qui est susceptible de les gêner ou non par rapport à l’emploi proposé.

Parmi les présupposés erronés, est fréquemment évoquée l’idée que quelqu’un qui bégaie manque d’assurance, qu’il est anxieux, timide… Il est dommage d’assimiler une parole trébuchante à une personnalité hésitante. On pourrait même dire que c’est le plus souvent l’inverse. Vivre avec un bégaiement demande beaucoup d’énergie et de persévérance, et ces qualités s’avèrent un atout considérable dans le cadre professionnel.

Il est également difficile de percevoir l’un des aspects essentiels du bégaiement et le plus surprenant qui est le caractère fluctuant du trouble. Il est ainsi logique de penser que les métiers où intervient la parole – enseignant, avocat, etc. – sont impossibles. Or, de même qu’un certain nombre d’acteurs bégaient dans la « vraie vie », mais pas sur scène, de nombreuses personnes bégaient moins voire très peu lorsqu’elles sont dans un cadre professionnel – où elles jouent un rôle social.

Une autre particularité du bégaiement est qu’il est entendu comme un appel à l’interlocuteur (du fait de la montée intonative des disfluences). Lorsqu’il n’est pas trop important, c’est un atout incontestable pour un vendeur qui attire ainsi davantage l’attention de la clientèle.

Il est important pour un employeur de ne pas s’arrêter à des a priori très dommageables. Pouvoir échanger autour du bégaiement avec le candidat est un premier pas indispensable surtout lorsque le bégaiement est très présent au moment de l’entretien. C’est l’occasion pour la personne bègue de dire ce qui lui est possible ou difficile, d’évoquer une prise en charge orthophonique éventuelle qui lui permet par exemple d’améliorer ses relations avec le téléphone, etc.. L’employeur sera surpris du changement qui survient lorsqu’une relation de confiance s’établit.

Il arrive souvent, hélas, que les choses ne soient pas dites et que le bégaiement fasse pencher la balance du mauvais côté. Le candidat est refusé sans qu’il en sache la raison. Même si ce n’est pas toujours le bégaiement la cause principale du refus, il attribue à son trouble une grande partie de la responsabilité et pour peu que cela se reproduise plusieurs fois, il développe des sentiments négatifs qui contribuent à lui faire perdre confiance en lui. Il peut être difficile de sortir de cet engrenage.

 

Le statut de travailleur handicapé

Même si les personnes qui bégaient ne se reconnaissent pas comme handicapées, le statut de travailleur handicapé peut être un moyen de trouver un emploi plus facilement. L’employeur y trouve des avantages financiers, le bégaiement est pris en compte et les relations y gagnent en simplicité. Le bégaiement ne nécessitant d’aménagements ni physiques ni psychiques, il peut être difficile de spécifier la place des personnes bègues – d’autant plus qu’il arrive souvent qu’elles soient particulièrement diplômées – tout ceci contribue à rendre intéressant l’emploi de quelqu’un qui bégaie avec le statut d’handicapé.

 

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